Récit de voyage


Au pays de la Chouette des terriers

par Alexis NOUAILHAT

Le Pantanal au sud-ouest du Brésil est la plus grande zone humide du monde, immense plaine sauvage inondée pendant la moitié de l’année d’octobre à mars. Lorsque notre avion se pose à Campo-Grande, capitale du Mato Grosso do Sul, c’est l’hiver : 70% d’humidité, 35°C la journée mais jusqu’à 3°C la nuit.
Direction la Bolivie pour Miranda. Au bord de la route : des Nandous, des Urubus (3 espèces) et le Caracara, toujours en quête de nourriture avec son cousin le Caracara chimachima, d’autres rapaces (43 espèces) se laissent approcher sans crainte : le Balbuzard, le Milan bleuâtre, le Milan de Cayenne, le Milan des Everglades, le Serpentaire ardoisé, la Buse urubutinga, la Buse roussâtre, la Buse à tête blanche, la Buse à gros-bec, la Buse à queue-blanche, l’Epervier brun, la Crécerelle américaine, le Faucon des chauves-souris, le Faucon aplomado, le Caracara chimango, le Macagua rieur, etc.
Le canot est le moyen de déplacement idéal sur les rios ; sur les 13 espèces d’Ardéidés, nous observons le Héron Flûte-du-Soleil, le Héron Cocoï, la Grande aigrette, l’Aigrette neigeuse, le Héron garde-bœuf, le Héron coiffé, l’Onoré rayé, le Héron strié, le Bihoreau gris, le Savacou Huppé.
A chaque point d’eau, nous trouvons ensemble les Cigognes maguari, le Tartale d’Amérique, le Jabiru avec son envergure de 3 m et son jabot noir et rouge, les Spatules roses, les Ibis verts, les Ibis plombés, les Ibis mandores, les Ibis à face nue, le Courlan courliri, des vols de Canards : Amazonettes, Canards de Barbarie (= musqués), Dendrocygnes (3 espèces).
Dans les plantes aquatiques, un Anaconda évolue lentement au milieu des Caïmans, des Jacanas, des Echasses, des Vanneaux Téro, des Vanneaux de Cayenne et des Capybaras, le plus gros rongeur du monde ! Les 263 espèces de poissons sont la proie des 4 Martins-pêcheurs : nain, de l’Amazone, vert et à collier ; un couple de Jacamars à queue rousse niche dans la berge ; sur les 12 Rallidés, voici le Râle de Cayenne et la Poule d’eau ; le Grébifoulque aux pattes bigarrées plonge devant le canot. Au sommet des arbres, des Cormorans Vigua et des Anhingas noirs font sécher leurs ailes. Un couple de Kamichis à collier monte la garde, c’est la sentinelle du Pantanal ! Sur les bancs de sable, voici les Becs-en-ciseaux qui fendent la surface de l’eau avec leurs mandibules inférieures plus longues ; ils sont en compagnie des Sternes à gros bec et des Sternes argentées.
De nombreux migrateurs nord-américains font escale au Pantanal : Chevalier solitaire, grand Chevalier à pattes jaunes, Bécassine de Magellan, etc. Explosion de couleurs avec les Psittacidés : 23 espèces avec la star du Brésil : l’Ara-Hyacynthe, l’Ara bleu, l’Ara chloroptère, la Canure veuve, le Toui à ailes variées, la Conure-nanday, l’Aazone à front bleu qui se pose sur les mangeoires sous notre nez ! Conure couronnée…
Dans la végétation luxuriante, nous allons de surprises en surprises ! : Coucou-écureuil (que les brésiliens nomment « l’âme du chat »), Ani des savanes, Guira cantara, des papillons immenses comme le Morpho bleu, des Libellules multicolores, des Orchidées au sommet des arbres…
Chaque matin, nous sommes réveillés à 5 heures par l’Ortalide du chaco, toujours en mouvement dans les arbres en compagnie des Singes hurleurs noirs, des Capucins, de la Pénélope à gorge bleue, de l’Hocco à face nue dont le mâle est orné de plumes frisées sur la tête. Le soir, 14 espèces de Caprimulgidés (du latin Capra = chèvre et Mulgeo = Traire, et veut donc dire « qui tête les chèvres ») animent le ciel : Engoulevent à queue en ciseaux, Engoulevent Nacunda, Engoulevent ronronneur ; sur un arbre, l’énorme Ibijau ressemble à une branche, en brésilien : « mae da lua » ( mère de la lune) !
La Chevêchette rousserolle est visible en plein jour, ainsi que les Chouettes des terriers posées au sol comme des petits gnomes, la Chouette effraie, le Grand-Duc de Virginie, etc.
Les constellations de l’hémisphère Sud : le Scorpion, le Centaure (avec Rigil Alpha, l’étoile la plus proche de notre système solaire : 4 années-lumière), le Toucan, la Grue, le Phénix, l’Eriden, la Poupe, la Carène, les Voiles, la Baleine, le Sagittaire, le Poisson austral, la Couronne… La lune ressemble à un sourire car ici nous sommes au 20° de latitude Sud et en France 45° de latitude nord, donc pas le même angle de vue !
Nous traversons les immensités sauvages à cheval, parfois avec de l’eau jusqu’au ventre ! Daguet rouge, Cerf des Pampas, Cerf des marais (avec palmures aux sabots !), Pécari à collier, Pécari à lèvres blanches, Tapir, Tamanoir (ou Fourmilier géant), Tamandua, Tatou, Renard Crabier, Coati toujours en bandes joyeuses avec une longue queue annelée dressée en l’air ! Raton crabier ; nous observons deux Ocelots et des traces de Jaguars. Depuis le canot, nous approchons une famille de Loutres géantes : la plus grande loutre avec une bavette ocre et une taille de 2m ; beaucoup plus petite, la loutre d’Amérique du Sud, Sanglier, Lapin du Brésil et colonies de Chauves-souris diverses.
Une dernière exploration en forêt nous permet d’observer : le Tinamou isabelle, le Trogon couroucou, quelques Colibris (il faudra revenir l’été !), le Cariama huppé, il y a 15 espèces de Columbidés ici ! 10 de Cuculidés, 1 de Momodité, Toucan toco et Araçari à oreillons roux, 18 espèces de Picidés : nous observons les Pics dominicains, à tête pâle, champêtre, vert et noir, passerin… 11 espèces de Dendrocolaptidés dont le grand Grimpar, le Grimpar à bec rouge, le Picucule à bec plat… 18 espèces de Furnariidés dont le Fournier roux qui construit un nid en forme de four à pain ! le Cacholote roux, 18 espèces de Formicariidés dont le grand Fourmilier-pie-grièche, 81 espèces de Tyrannidés dont le Moucherolle vermillon que les brésiliens appellent « petit été = verazinho », le Monjita blanc, les Moucherolles, les Tyrans, le Bentévi à ventre jaune nommé « quiquivi ».Peu d’Hirondelles à ailes blanches, à ailes hérissées, blanche et bleue, aucun Martinet. Le Pipit Jaunâtre ; sur les 8 Troglodytidés voici le Troglodyte à miroir, le Troglodyte grivelé, le Moqueur plombé, le Merle à ventre roux ; sur les 67 Emberizidés, nous ne trouvons que le Tangara Sayaca, le Tangara à bec d’argent, le Saltator à ailes vertes, le Sporophile curio, le Sporophile à col fauve, le Sporophile bouton d’or, l’Araguira rougeâtre… Voyons les ictéridés : Grand vacher, Cacique huppé, Cacique solitaire, qui font des nids suspendus, Carouge unicolore, Troupiale de Cayenne, etc. Le Geai bleu-noir et le Geai à capuchon sont dans les mangeoires avec les Parsares (cardinaux et les Amazones à front bleu.
Ce soir, nous partons sur la piste du Puma.
Alexis NOUAILHAT– Août 2004